Total Eclipse

quipeint• press kit

Solo show
Tony Regazzoni

01.02 / 05.03.11

Les phénomènes physiques ou naturels ont fait l’objet ces dernières années d’un intérêt renouvelé dans l’art contemporain. L’éclipse, la chute d’eau, les tornades, les tremblements de terre, les arcs électriques, les aurores boréales ou la lumière solaire ont été les supports de véritables démonstrations de puissance artistique. Dans les espaces d’exposition se sont mis à pulluler des morceaux de bravoure parfois ambitieux et efficaces, souvent déceptifs et mégalo : concurrencer la nature sur son propre terrain n’est pas chose aisée, même lorsque l’on dispose de technologies de pointe, d’immenses moyens de diffusion et que l’on connaît son petit précis du Romantisme sur le bout des doigts.


Dans Total Eclipse, le propos de Tony Regazzoni est heureusement tout autre. Le dispositif qu’il convoque est d’une grande simplicité. Une installation centrale rejoue une éclipse miniaturisée, et trois tableaux pyrogravés en représentent les différentes étapes. L’ensemble est plongé dans le noir. Et quelque chose se dessine entre l’obscurité et la lumière. Le titre lui-même est emprunté, comme souvent chez l’artiste, à deux tubes pop, Total Eclipse of the Heart de Bonnie Tyler et Total Eclipse de Klaus Nomi. - If someone calls, we’re all out, turning into French fries Last dance, let the entire cast dance, do the dismembered blast dance / so we get atomized! - chante Nomi tandis que Bonnie Tyler pleure son amour perdu, bien loin de toute considération naturaliste.

Comme eux, Tony Regazzoni fait de l’éclipse un signe culturel dense, qui génère toutes sortes d’associations, des rituels païens et des mythologies antiques, en passant par le millénarisme, la science moderne, l’histoire de la sexualité, la culture du spectaculaire et l’abstraction géométrique (en tant que phénomène visuel, une éclipse n’est rien d’autre qu’une superposition partielle ou totale de deux cercles). C’est aussi pour l’artiste une manière toute symbolique de poursuivre son exploration des pratiques sociales nocturnes, le clubbing, la drague, la drogue, le sexe. L’éclipse est une nuit non conventionnelle, explique-t-il. A un autre niveau, il s’agit aussi d’une belle métaphore des rituels en place dans le monde de l’art, où les ambiances glacées des vernissages sérieux basculent - trop rarement ?- dans la festivité.

Le motif central de Total Eclipse comme précédemment celui du menhir (La Caverne, 2008) ou celui du club de province (Blackout, 2010) articule donc les époques, et nos discours sur elles. Une forme de primitivisme persiste, même dans les formes polies de la géométrie et dans les mythologies pop. Et la possibilité d’une célébration collective se trouve esquissée à travers ces formes que l’artiste a voulu accessibles.

Jill Gasparina