Peintures

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Solo show
Jane Harris

02.11 / 04.12.10

Dans un souci de rigueur, indissociable de son œuvre, Jane Harris considère le dessin comme une étape nécessaire à la confection de ses peintures ; elle réalise d’abord un carton. La précision mathématique, liée intrinsèquement à la Nature, contribue à provoquer chez le spectateur un sentiment d’interactivité avec l’œuvre, à travers la place qu’elle laisse à l’inventivité et l’imagination.


Ces peintures et dessins relèvent du domaine de l’abstrait, bien qu’elle n’affectionne pas particulièrement cette qualification qui lui apparaît comme réductrice ; l’application d’une équation mathématique relevant plus du « formel » que de l’abstrait. Quoiqu’il en soit, ces peintures nous interrogent sur le caractère ornemental de l’objet peint, faisant ainsi référence à sa possibilité décorative, telle qu’elle existe dans certains textes médiévaux à l’échelle de l’écriture. Cet aspect est cependant largement épuré dans les œuvres de J. Harris. Leur caractère minimal s’oppose à l’exagération, les formes sont symétriques et incurvées. Ceci ne fait qu’accentuer l’attention que nous portons à l’harmonieuse redondance de la touche, de la forme, bref d’une rythmique pure, relative à l’application des sciences dures à la peinture. L’expression de ‘minimalisme rococo’ a d’ailleurs été employée par Barry Schwabsky pour qualifier le travail de J. Harris, témoignant ainsi de cette force de complémentarité entre la couleur et la forme, le volume et la ligne.

La dualité qui habite l’œuvre, entre sensation, par définition libres et pulsionnelles, et rigueur préméditée qui contribue à la fois à une perfection esthétique et à une apparente simplicité formelle et mystérieuse, se voit résumée dans la conception même de l’ellipse. Celle-ci est un composant essentiel des travaux de J. Harris. Sa définition mathématique, « lieu des points dont la somme des distances à deux points fixes est constante », permet de mieux intégrer le fait que ces peintures ne résultent pas d’un hasard mais, au contraire, d’un travail s’appuyant sur des lois géométriques, qui se voient réinventées par le biais de prolongements ornementaux. Toutefois, une part d’intuition demeure dans le choix des combinaisons de couleurs, jamais en très grand nombre, ainsi que dans la manière dont elles sont apposées à la forme.

A travers ces formes à la fois voluptueuses et régulières, elle nous propose une approche empreinte d’effets géométriques. Ceux-ci sont obtenus par l’utilisation d’un outil qu’elle affectionne tout particulièrement : la règle d’architecte.

Le regard ne peut que se fixer sur ces couleurs métalliques, lumineuses, à la fois uniformes et saisissantes grâce à une application cadencée de la peinture. En effet, les marques du pinceau donnent l’impression d’une pixellisation plus ou moins importante de l’image. Ces petites unités successives qui, assemblées, déterminent les reflets caractéristiques de la peinture de J. Harris, sont à l’origine de cette perception d’une image de basse ou haute résolution, selon le positionnement du spectateur face à la toile.
La complexité géométrique vient donc accentuer ce sentiment d’épuration visuelle tout en intégrant à ces « objets » immatériels un dynamisme, un concentré d’énergie, qui semble hypnotiser leurs spectateurs.
Ce phénomène est renforcé par une certaine profondeur de l’image rendue possible grâce aux contours épais de l’objet, sorte de trompe l’œil provoqué par l’application uniforme et franche de la matière, retraçant la précision du geste du peintre.

Nous nous trouvons ainsi projetés entre le concept théorique et son application empirique : serait-ce de cet entrelacement que naitrait la sensualité à laquelle Harris tient tant ?

Elodie Goux