Seules les anguilles savent se peindre

Bastien Cosson
28.03 / 28.04.13 • en collaboration avec l'Atelier Bilto Ortega
Hangar G2, bassin à flot n°1 (entrée Est ou Ouest) • 33300 Bordeaux
• press kit

1/ À la poissonnerie j’achète 20 anguilles vivantes.
2/ Je trempe les anguilles dans une peinture acrylique et les dépose sur la toile.
3/ Sensibilité à fleur de peau, à l’instant même où l’animal touche la toile, ses gestes se lâchent. Rien n’est laissé au hasard. Chaque marque est un effort de survie, l’empreinte d’un corps, son agonie.
Dans cette série, Seules les anguilles savent se peindre, Bastien Cosson se charge du concept alors que les anguilles sont les outils de leur propre création. Deux artistes s’expriment et se partagent le travail. Bastien fait entièrement confiance à l’animal et le laisse s’exprimer pour ce qu’il sait, pour ce qu’il a vécu et pour ce qu’il sent jusqu’à l’extrémité de sa queue qui s’agite dans une chorégraphie limpide et épurée.

Dans une référence certaine avec l’abstraction lyrique de Georges Mathieu, les peintures réalisées ici souhaitent retranscrire l’intensité de la création et l’émotion vive de l’artiste qui s’ébat avec la matière. En mettant en scène un animal agonisant dans son propre ouvrage, l’émotion individuelle semble être alors au plus près de ce romantisme de l’art tant miroité.

Parrallement, dans un restaurant de la rue Notre Dame à Bordeaux, Bastien présente également, ce que l’on pourrait voir d’un premier abord comme une peinture monochrome, une performance à activer. Toutes les émotions du ciel, est un protocole qui consiste à libérer une perruche dans l’espace d’accrochage de la toile. Lorsque l’animal se pose sur le «perchoir» alors l’oeuvre s’active et la peinture existe. La perruche est la touche du peintre, elle est à la fois son pinceau et sa couleur, son outil et son sujet.
Les couleurs du tableau comme de l’animal sont choisies dans une étroite relation, l’une dépendant de l’autre et vice et versa. Dans cette œuvre Bastien Cosson cherche à saisir cette poésie présente dans l’envol d’un oiseau. Dans le bruit du battement d’ailes. Dans le sifflement du grand air.
Cette poésie qui bouleverse contre laquelle on ne peut lutter.

Dans les œuvres de Bastien, et cela malgré leurs autonomies déconcertantes, il manque toujours «Bastien». Chez cet artiste qui estime qu’il n’y a rien de plus important que la pensée, l’acte et pour qui le résultat n’est pas un but, on découvre avec enchantement l’utilité de sa présence à nos côtés pour vivre sa peinture. Il n’y a nul besoin d’un dictionnaire pour comprendre son œuvre, toutes fois quand Bastien prend la parole pour s’exprimer autour de ses canevas barbouillés qui parsème les murs, c’est une autre poésie qui nous fait face, celle d’un homme rêveur, honnête et touchant pour qui l’art réside dans tout ce qu’il respire. Si le bonheur et la liberté sont des quêtes pour certains, alors 5 minutes avec Bastien Cosson en sont surement le chemin le plus court.