Smooth Gallery

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Solo show
Pierre Labat

21.02 / 31.03.12

La géométrie est traditionnellement définie comme l’étude des figures du plan et de l’espace. Les mathématiciens antiques plaçaient l’utilisation de la droite et du cercle au cœur de la pratique des sciences. A l’aide d’une règle non graduée et d’un compas, ils tentaient de résoudre des problèmes de construction afin de valider les théorèmes qu’ils développaient. Trois énigmes géométriques ont traversé les âges en demeurant irrésolues pendant près de trois milles ans. La quadrature du cercle est sans doute le problème antique le plus connu : il consiste à essayer de construire un carré et un cercle de même aire en utilisant les outils géométriques antiques. Il s’agit de l’un des premiers casse-tête de l’humanité, le terme est ainsi couramment associé à l’impossibilité de réaliser un projet ou une action dans de nombreuses langues.

Avec l’exposition Smooth Gallery, Pierre Labat s’approprie ce grand classique des mathématiques et l’applique, à sa façon, à l’espace de la galerieACDC. Ce tour de force est réalisé en reproduisant - à l’échelle - les plinthes qui structurent et encadrent l’espace de la galerie. Par le détournement, le glissement et la déformation, l’artiste altère l’espace d’exposition, il donne une forme presque molle au medium, le poussant ainsi à son paroxysme. D’après Brian O’Doherty, la galerie idéale est construite de façon à « neutraliser la dimension sociale et temporelle des œuvres afin de les libérer de leur contexte ». En d’autres termes, la théorie du White Cube tend à gommer le contexte architectural et spatial au profit de l’œuvre d’art. En agissant directement sur l’espace de la galerie et en le déformant subtilement, Pierre Labat perturbe sa neutralité apparente et en pose les limites. La référence à la quadrature du cercle peut ici être comprise comme un pied-de-nez au concept originel du cube blanc. Avec Smooth Gallery, c’est l’espace qui conditionne l’œuvre et l’œuvre qui redéfinit l’espace. Le lieu d’exposition et le travail de l’artiste sont ainsi intrinsèquement liés, car comme le déclarait poétiquement Henri Focillon « L’espace où se meut la vie est une donnée à laquelle elle se soumet ».

Marion Carmet